L'agriculture à Saint-Pierre et Miquelon
CHIFFRES-CLÉS
Saint-Pierre-et-Miquelon se trouve dans l’Atlantique Nord, à 25 km de Terre-Neuve et à 4 300 km de Paris. L’archipel réunit huit îles, dont deux habitées, sur 242 km², pour 5 790 habitants. Le climat, océanique froid et humide, laisse peu de temps de développement aux cultures. Les étés restent frais, il tombe environ 1 300 mm d’eau par an, le vent dépasse souvent 60 km/h et la brume s’installe une centaine de jours. La température moyenne annuelle est de +5,3 °C.
L’agriculture pèse peu dans l’économie locale : moins de 1 % des effectifs salariés, à peine 3 % des besoins alimentaires du territoire. Avec la pêche, elle représente 6 % des entreprises recensées par la CACIMA fin 2025. Le secteur redémarre pourtant, et les places à prendre ne manquent pas. On compte aujourd’hui 7 exploitations agricoles en aout 2026, contre 4 en 2017 : élevages caprins et avicoles, productions végétales, hydroponie urbaine.
Les œufs font exception. Leur taux de couverture est le plus élevé de toutes les productions locales, avec plus de la moitié de la demande. Pour le reste, l’assiette des habitants vient encore largement de l’extérieur.
Les terres agricoles occupent 0,5 % du territoire, soit environ 120 hectares. Miquelon en réhabilite 33 depuis 2020, dans le cadre d’un plan lancé par la Collectivité territoriale. (Surface agricole utilisée exacte, nombre de chefs d’exploitation et de salariés à plein temps : chiffres 2026 à confirmer DTAM.)
Les éleveurs disposent par ailleurs d’un laboratoire d’analyse public et d’un abattoir sur l’archipel.
Les exploitations
En 2017, quatre exploitations sont recensées, aujourd’hui en 2026, sept sont en activité. Le nombre est en progression, même s’il reste modeste. Le tissu productif s’organise en deux ensembles. D’un côté les productions animales, avec les élevages caprins et avicoles. De l’autre les productions végétales : maraîchage, pommes de terre, salades, herbes aromatiques.
Portrait des éleveurs
Les Saveurs fermières (Miquelon)
Exploitation caprine et avicole. Les premières chèvres sont arrivées en 2023 et les premiers poulets fermiers ont rejoint les étals la même année. Ketty, tout juste diplômée, continue d’aménager sa ferme, autant pour le confort de ses animaux que pour l’accueil de ses clients.
La Ferme de l’Ouest (Miquelon)
Créée en 1998, la Ferme de l’Ouest fait partie du paysage. Thierry et Joëlle élèvent surtout des moutons et des canards gras, qu’ils transforment eux-mêmes pour le marché local : conserves (cassoulet, couscous, canard confit…) et foie gras sous vide. Une carrière au service de l’archipel, aujourd’hui en cours de transmission.
La Ligne Verte (Saint-Pierre)
La Ligne Verte cultive à la verticale, dans une unité hydroponique. Stéphane y produit salades et herbes aromatiques, disponibles toute l’année. Curieux de nature, il teste régulièrement de nouveaux produits auprès des consommateurs locaux : pesto, champignons…
Arbora’L (Saint-Pierre)
Arbora’L a d’abord fait du paysagisme et de l’entretien d’espaces verts. Depuis un an et demi, l’entreprise se tourne vers les petits fruits, quelques légumes, les plantes aromatiques et les plants potagers et horticoles. Elle emploie déjà plusieurs personnes, et Nicolas compte pousser plus loin la partie agricole.
Floradécor (Miquelon)
Cindy a repris l’exploitation en 2017, dans le cadre d’une reconversion. Formée dans l’Hexagone, elle dirige aujourd’hui une entreprise maraîchère qui tourne bien. Floradécor livre un grand nombre de commerces de l’archipel : salades, pommes de terre, carottes, tomates…
La Volière des Îles (Miquelon)
Franck est le principal fournisseur d’œufs de l’archipel, avec une production régulière que les consommateurs attendent. Il élève aussi quelques poulets de chair, abattus à l’abattoir de Miquelon. Ses œufs, reconnaissables à leur boîte jaune, ont pris leur place sur les étals et devancent désormais les importations canadiennes.
Le Grand Large (Miquelon)
Élevage caprin installé depuis 2011. Leila conduit un troupeau de 40 laitières et fournit l’archipel en fromages et en yaourts de chèvre. Le goût du caprin n’avait rien d’habituel ici, elle a habitué les palais des habitants de l’archipel aux délices caprin.
Les institutions locales
Peu d’institutions suivent l’agriculture à Saint-Pierre-et-Miquelon, et chacune tient un rôle précis.
- La DTAM, service déconcentré de l’État placé sous l’autorité du préfet, suit les politiques publiques d’agriculture, d’alimentation, d’eau, de biodiversité et d’environnement.
- La Collectivité territoriale porte, aux côtés de l’État et des partenaires professionnels, la stratégie de développement agricole du territoire.
- La CACIMA, chambre d’agriculture, de commerce, d’industrie, de métiers et de l’artisanat, fait le lien avec les exploitations, principalement par l’intermédiaire de son conseiller agricole.
- La CAERN met à disposition des exploitants les équipements agricoles appartenant à la Collectivité territoriale, et leur apporte un appui technique.
- L’AFA-SPM, créée en février 2023, assure la gouvernance de l’abattoir de Miquelon et travaille à la cohésion des filières agricoles.
La gouvernance
Ces institutions (voir 1.3 Les institutions locales) se retrouvent dans plusieurs instances, à des rythmes et pour des décisions différentes.
Le comité technique agricole (CTA)
Tous les mois, les techniciens de la DTAM, de la Collectivité territoriale et de la CACIMA font le point sur les sujets techniques : distribution des aides (voir 2.4 Les financements), organisation des formations, animation du secteur.
La commission territoriale de l’agriculture et de l’aquaculture (CTAA)
Deux fois par an, le préfet, la Collectivité territoriale, la CACIMA et la DTAM définissent et orientent les financements venus de l’État.
La commission des affaires agricoles (CAA)
Même configuration, élargie aux conseillers du territoire, à Archipel Développement et aux services fiscaux. Ce sont ici les financements de la Collectivité territoriale qui sont arbitrés.
Le comité de pilotage agricole (COPIL agricole)
Deux fois par an également : Collectivité territoriale, DTAM, mairies de Saint-Pierre et de Miquelon, DCSTEP. Objet des réunions, les priorités du Projet alimentaire territorial (PAT).
Le comité de suivi du SDS (CSSDS)
C’est l’instance qui suit l’avancement de la feuille de route du territoire, dans laquelle le PAT s’inscrit. Le Schéma de développement stratégique (SDS) couvre la période 2026-2029 et cherche à diversifier l’économie, gagner en attractivité, tenir sur le long terme.
LES PRODUITS LOCAUX
Ici, on achète local par habitude autant que par conviction, quand on ne produit pas soi-même. Œufs, poulets fermiers, fromages et yaourts de chèvre, conserves et foie gras de canard, salades, herbes aromatiques, champignons, pommes de terre, carottes, tomates, petits fruits, plants potagers et horticoles : la liste s’est nettement allongée en quelques années.
(encadré) Les œufs venaient du Canada. Ils viennent aujourd’hui de Miquelon : ceux de la Volière des Îles, dans leur boîte jaune, ont pris la place des importations sur les étals. C’est à ce jour la production locale qui s’est le plus nettement imposée face au produit importé.
Où et quand les trouver ?
- Œuf
- Herbes aromatiques
- Légumes feuille
- Fraise
- Champignon
- Produit laitier à base de lait de chèvre
- Œuf
- Herbes aromatiques
- Légumes feuille
- Fraise
- Champignon
- Tomates
- Concombre
- Courgette verte
- Fenouil
- Persil
- Thym
- Produit laitier à base de lait de chèvre
- Œuf
- Herbes aromatiques
- Légumes feuille
- Fraise
- Champignon
- Betterave
- Carottes
- Céleri
- Pommes de terre
- Produit laitier à base de lait de chèvre
- Œuf
- Herbes aromatiques
- Légumes feuille
- Fraise
- Champignon
(Variable selon cycle des exploitations)
Les points de vente sont listés sur le site de SPM Shopping, où les produits de l’archipel sont signalés par un affichage spécifique.
LES ACTIONS SUR LE TERRITOIRE
LE PDAD
Le Plan de développement agricole durable (PDAD) 2024-2028 est sorti d’échanges avec les agriculteurs et les partenaires du territoire. Il fixe le cap pour les prochaines années cherchant à produire davantage localement et à appuyer les porteurs de projet, faciliter la reprise des exploitations existantes, aider les professionnels à monter en compétences.
Dix axes d’action structurent le document, qui traite aussi de commercialisation, d’environnement, de gestion des risques et d’organisation de la filière. C’est le cadre de travail commun des institutions et des exploitants.
LE PAT
Le Projet alimentaire territorial (PAT) prend le relais du PDAD sur le volet alimentaire. Il relie la production agricole, l’économie locale et l’accès de tous à une alimentation de qualité. Il porte aussi des actions de sensibilisation au « bien manger », en particulier auprès des jeunes, et fait connaître les produits de l’archipel. L’objectif est de rapprocher producteurs, institutions, restauration et habitants, pour un approvisionnement moins dépendant de l’extérieur.